Rapport
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Le partage des savoirs est une opportunité à saisir pour l'IEP
Le partage des savoirs représente un défi tant pour la collectivité que pour le monde universitaire
Le partage des savoirs est un véritable enjeu d'avenir
La société de l’information rend possible le partage des savoirs
Les TIC refaçonnent notre univers culturel, social et éthique, mais il nous appartient de choisir comment utiliser ces outils. Dans les faits, on constate d'un côté l'existence d'un mouvement d’extension des domaines privés et protégés, mais de l'autre, la production et le partage de l’information et des créations selon des modalités radicalement différentes. Les médias coopératifs, les logiciels libres, les publications scientifiques ouvertes participent de cette dynamique.
Les savoirs peuvent être envisagés comme des biens communs, dès lors que leur appropriation n'est ni exclusive, ni rivale : on peut favoriser la dissémination des savoirs sans appauvrir leurs "détenteurs", pour un coût minimal, grâce aux TIC. C’est là l’enjeu, considérable pour la collectivité, du partage des savoirs.
Un nouveau paradigme émerge au service de la connaissance
Les TIC renouvellent les manières de travailler des institutions productrices de savoir. Ce nouveau mode de diffusion du savoir remplirait ainsi les principes d’universalité et de gratuité qui donnent son sens au mot «partage».
Le fait que les habitants des pays en développement, qui sont aussi susceptibles de bénéficier du partage des savoirs, soient défavorisés en matière d’équipement et d’accès à Internet, n'est pas une fatalité: les projets visant à favoriser l'équipement (ordinateur portable à 100$, développé par le MIT), la diminution des coûts et les nouvelles technologies de réseau (Wimax) pourraient bien réduire la fracture numérique dans un proche avenir.
Le partage des savoirs se décline sous différentes formes
Wikipédia, un symbole du partage des savoirs
Wikipédia est une encyclopédie libre et collaborative, utilisant un système wiki. Ce système, inventé en 1995, est un site Web dynamique permettant à tout individu d'en modifier les pages à volonté. Il permet non seulement de communiquer et diffuser des informations rapidement, mais de structurer cette information pour permettre d'y naviguer commodément.
Wikipédia est autorégulé par les utilisateurs et bénéficie d’une « sécurité douce » qui se révèle très efficace. Ce projet propose donc des savoirs constamment à jour, interactifs, et mis à la portée de tous.
Le partage des savoirs peut donner sa pleine mesure dans le domaine universitaire
Les universités et écoles ont un rôle de premier plan à jouer dans le domaine du partage des savoirs, du fait de leurs missions d'enseignement et de recherche. A l'instar des cabinets de conseil qui développent le knowledge management, les acteurs du monde universitaire prennent conscience de la valeur de leurs ressources pédagogiques et scientifiques, mais aussi de leur ouverture au public. Ainsi, l’Education nationale a lancé le projet d’un "Espace Numérique des Savoirs", portail d’accès gratuit à un socle minimal de ressources numériques, rassemblant les « fondamentaux » du savoir utilisables à des fins pédagogiques. Ce projet proposera toutefois des contenus produits par les éditeurs spécialisés et non par les enseignants, et ne pourra être utilisé en dehors des établissements.
Plusieurs expériences concrètes ont ouvert la voie et connu le succès
Les expériences menées dans le monde universitaire se multiplient
Vers une compétition internationale pour le partage des savoirs?
Le "MIT opencourseware" (OCW) et l'université de Rice sont tous deux pionniers en la matière. Le MIT rend disponible au grand public, et gratuitement, des contenus divers (cours, notes de cours, enregistrements vidéo, etc) relatifs à plus de 1250 cours, dans 34 disciplines. Pour une plus large diffusion, l'OCW s’est associé avec trois organisations qui traduisent ces contenus en espagnol, portugais et chinois. L'université de Rice propose également plus de 3200 modules, avec l'ambition de faire de Connexions une entité indépendante et ouverte à toutes les contributions académiques.
Le MIT s'attelle lui à la généralisation de ce type d'outils dans les universités du monde entier, et recense 156 "opencourseware" en Chine, celui de Paristech en France, 6 au Japon... Il est donc clair que ces universités se préparent à utiliser la publication de leurs ressources pour attirer les étudiants et augmenter leur notoriété.
En France, l'ENS de la rue d’Ulm a créé son système de diffusion des savoirs
En France, plusieurs projets ont déjà été réalisés, mais n'ont mis en place qu'un partage limité en termes de public. Plus intéressant, le portail Diffusion des savoirs, développé par l'ENS de la rue d’Ulm, offre gratuitement au grand public des enregistrements audiovisuels de conférences sur le thème des Sciences et des Lettres et sciences humaines ayant notamment eu lieu au sein de l’école.
Les réalisations concrètes mettant en oeuvre le partage des savoirs ont eu un impact très positif
Les différents systèmes mis en oeuvre ont bien fonctionné
Hors de l'université, une encyclopédie collaborative avait précédé Wikipédia. Des contraintes de taille avaient été imposées : stricte sélection des auteurs, relecture et validation systématiques des articles. Le site n'avait pas fonctionné: en effet, sur quels critères sélectionner les auteurs, en particulier pour traiter des sujets d'actualité ? Par ailleurs, la chaîne éditoriale était trop longue. Au contraire, en choisissant une optique libre et massivement collaborative, Wikipédia a connu une croissance exponentielle.
Les systèmes proprement universitaires ont connu le même succès. L'OCW du MIT est consulté massivement dans le monde entier depuis son ouverture au grand public en 2002. Les utilisateurs sont majoritairement convaincus de son intérêt: 98% d'entre eux ont souligné l'impact positif de l'OCW sur leur activité d’enseignement ou d’apprentissage, et 88% des enseignants les ont utilisés.
Une dynamique du savoir s'est mise en place au bénéfice de tous
Ce système crée une émulation, une véritable dynamique de la transmission du savoir, alimentant un cercle vertueux de la connaissance. A long terme, la multiplication d'initiatives semblables formera le maillage d’un réseau mondial du savoir, fruit du plus grand nombre d’institutions, au bénéfice de tous. L’accès à la connaissance fait l'objet d'une demande réelle et diversifiée, exprimée par les professeurs et les étudiants des pays en développement, où l’éducation représente un coût souvent très élevé, ou plus globalement, par les self-learners du monde entier. L’offre reste pourtant encore très inférieure à cette demande.
Le partage des savoirs constitue une opportunité et un défi pour l’IEP
Le partage des savoirs actuel est peu satisfaisant
Une production intellectuelle considérable à l'IEP de Paris
Des productions d’étudiants nombreuses et variées
Au cours de leur scolarité, marquée par un important contrôle continu, les étudiants de l’IEP doivent produire de nombreux travaux, qui prennent essentiellement la forme d’exposés oraux et de fiches techniques, de dissertations, de mémoires, etc. De fait, chaque année, Sciences Po produit un nombre considérable de travaux, dans des formats et des champs disciplinaires variés.
Une qualité reconnue
Pour l’essentiel, ces travaux sont plus que de simples exercices d’application. Les étudiants sont en effet évalués sur leurs efforts personnels de recherche, d’analyse et de synthèse. Devant satisfaire les exigences élevées d’un établissement de haut niveau, et mettant en application une approche et des méthodes de travail pour bonne part spécifiques à Sciences Po, ils produisent une réelle valeur ajoutée. En dépit de leur qualité, de leur spécificité et des efforts fournis par les étudiants, ces travaux n’ont pas vocation à être diffusés au-delà du public restreint d’une conférence de méthode. Dans certains cas, ils ne sont même lus que par les seuls maîtres de conférence.
Un partage qui existe déjà, dans des cadres à la fois formel et informel
L’ENTG n'est pas conçu pour dépasser le cadre de la conférence de méthode
L’ENTG permet de faciliter le partage des travaux au sein d’une conférence de méthode. Ainsi un groupe créé pour chaque conférence, permet de centraliser les travaux en évitant d'encombrer les courriels.
Si l’ENTG constitue un intéressant embryon de système de partage des savoirs, il comporte toutefois un certain nombre de défauts:
- Sa mise en place n’a pas été accompagnée d’une véritable sensibilisation à ses enjeux et formation à son utilisation. En conséquence, de nombreux professeurs et étudiants ne se le sont pas appropriés et ont encore recours aux mails collectifs.
- L’ENTG demeure un support cloisonné à une conférence précise, avec un simple stockage de fichiers ("Documents") offrant des possibilités limitées d'organisation et de consultation des travaux.
Des sites officieux
Un certain nombre de travaux produits à l’IEP sont déjà accessibles à tous, sur des sites Internet officieux. Outre des problèmes juridiques évidents liés à la question des droits de propriété intellectuelle, ces sites sont dangereux pour deux raisons:
- Du fait de leur caractère officieux, ils ne bénéficient qu’aux étudiants « initiés », ayant accès aux bons réseaux d’information : ces sites sont ainsi un facteur d’inégalité en terme d’accès au savoir;
- Des travaux dont la qualité n’a fait l’objet d’aucun contrôle sont mis en ligne. D’une part, cela peut être préjudiciable aux étudiants qui s’appuient sur des productions douteuses ; d’autre part, l’image de Sciences Po, et le nom des professeurs, qui sont associés explicitement à ces sites, peuvent en souffrir.
Une plate-forme officielle de partage des savoirs permettrait ainsi :
- de valoriser les travaux des étudiants;
- d’aller dans le sens de la formalisation et de la simplification de l’échange des savoirs entre étudiants, qui a présidé à la mise en place de l’ENTG;
- de limiter l'utilité des sites officieux qui diffusent des travaux dans des conditions inacceptables.
Les retombées positives pour l’Institut
Des avantages en termes de coopération
La compilation de la production intellectuelle
La compilation des savoirs produits par leurs condisciples présente un réel intérêt pour les étudiants de Sciences Po. Les résultats de la consultation que nous avons menée montrent clairement les avantages qu’ils peuvent tirer d’un tel dispositif pour la réalisation de leurs propres travaux ainsi que pour leurs révisions. On peut sans doute avancer également que l’intérêt pour le grand public est réel, du fait de la qualité et de la spécificité des savoirs élaborés à l'Institut.
L’émulation intellectuelle : gratifier et responsabiliser les étudiants pour les pousser vers l’excellence
La publication des travaux des étudiants est une forme de gratification d’autant plus qu’elle est conditionnée à une évaluation positive de la part de leurs pairs. La publication constitue également un moyen de responsabiliser les étudiants. En effet, s’ils doivent avoir conscience qu’ils engagent la réputation de Sciences Po en diffusant leurs travaux au grand public, ils s’exposent par ailleurs à la critique de leurs condisciples, dans un système fondé sur le principe de l’interactivité.
Des avantages en termes d’image
Une vitrine pour Sciences Po
Une plate-forme officielle de partage des savoirs à Sciences Po, ouverte au grand public, constituerait une vitrine intéressante pour l’Institut.
- D'abord, des gains en termes de visibilité et de publicité sont à attendre: en adoptant un système de partage des savoirs, Sciences Po pourrait devenir une véritable ressource documentaire pour tous les apprenants et ainsi augmenter sa notoriété;
- Ensuite, dans le dispositif que nous proposons, les travaux diffusés auraient systématiquement fait l’objet d’un contrôle avant de se voir publiquement accorder le label Sciences Po. L’Institut aurait ainsi l’occasion de donner à voir le meilleur de sa formation;
- Enfin, le contenu spécifique des savoirs enseignés à Sciences Po pourrait être mis en avant : variété des travaux et champs disciplinaires, spécificités de certains enseignements et des méthodes de travail.
Une transparence bienvenue
Un espace officiel de partage des savoirs répond à un souci de transparence de la part de l’Institution, à laquelle les étudiants sont admis sur concours, certes, mais qui ne doit pas rester jalouse de ses savoirs, de ses privilèges. L’IEP, en tant qu’établissement public formant une part importante des futures élites, a tout intérêt à être mieux connu du public. La mise à disposition de tous des travaux produits en son sein relève donc aussi d'un effort de transparence, qui bénéficiera à l'image de l'Institut, en mettant en avant l'ouverture et la modernité.
Notre projet pour Sciences Po: un espace ouvert et auto-régulé
Public
Une ouverture au monde entier
Les publics visés sont:
- Tout d’abord les étudiants et enseignants de Sciences Po, à qui ce nouvel espace de diffusion des savoirs fournira de nouveaux outils de travail, et constituera une forte incitation à modifier les pratiques pédagogique traditionnelles ;
- Les étudiants du monde entier ;
- Les personnes souhaitant découvrir plus précisément le contenu de la formation dispensée à l’Institut. Ceci participerait efficacement de la visibilité internationale de Sciences Po et de son attractivité ;
- Plus généralement, toute personne cherchant une nouvelle source de savoir.
Des contributeurs volontaires
Bien que cet espace puisse devenir un outil de travail privilégié pour les étudiants et les enseignants, il n'est pas question de faire de la diffusion des travaux des élèves une obligation de scolarité. Le principe de volontariat favorisera l'acceptation du système par les étudiants: un système coercitif n'est pas compatible avec notre démarche de partage et d'ouverture.
Ce projet repose donc sur les contributions volontaires des étudiants de Sciences Po, contributions qui prendront la forme de travaux, mais aussi d'une participation à l'évaluation et à la mise à jour des documents disponibles.
De plus, le volontariat s'accorde naturellement avec notre démarche de responsabilisation des contributeurs dans la diffusion de leurs travaux: à chaque acteur, au vu des règles de diffusion en vigueur (notamment relatives aux règles de citation), de choisir de diffuser ses travaux.
Contenus
Cours en ligne
Les contenus déjà disponibles par le biais de la section "supports de cours en ligne" du site Internet de Sciences Po (notamment les plans et documents de cours magistraux), ainsi que les outils de cartographie disponibles en ligne, ont vocation à être intégrés à notre plateforme.
Il serait en effet souhaitable, dans un souci de cohérence et d'ergonomie, d'avoir une plateforme unique de partage des contenus au niveau de Sciences Po.
Travaux pédagogiques
L'essentiel du contenu disponible sera constitué des travaux réalisés par les élèves et des documents distribués durant les conférences de méthodes, c'est-à-dire principalement:
- Fiches techniques
- Fiches de lecture
- Exposés
- Dissertations
- Méthodologies
- Bibliographies
La liste de documents suggérée n'est bien entendu pas exhaustive, les attentes des usagers sont variées et la plateforme de diffusion a vocation à évoluer, notamment par l’ajout ou le retrait de certains types de documents.
On peut notamment penser aux mémoires demandés dans certaines conférences, à des annales corrigées ou à certains articles scientifiques. Tout dépend de la demande et des difficultés juridiques ou techniques particulières à certains types de documents.
Fonctionnement
Un complément pédagogique
Nous pensons qu'un tel partage, loin d'inciter les étudiants à la paresse intellectuelle, pourra au contraire stimuler les efforts de recherche et la réflexion personnelle.
Ainsi, l’objectif est de fournir un instrument nouveau et cohérent de partage des savoirs, qui n’a naturellement pas vocation à se substituer au travail personnel, aspect essentiel de tout apprentissage. La plateforme doit être un outil au même titre qu’un manuel ou une bibliothèque, une aide efficace à la recherche.
Elle pourrait de plus inciter les enseignants à diversifier les travaux demandés aux élèves en tirant parti des travaux déjà disponibles en ligne. On pourrait par exemple imaginer qu'au lieu de refaire la même fiche technique que ses prédécesseurs, l'étudiant ait à s'assurer de l'exhaustivité et de l'actualité d'une fiche technique disponible en ligne.
Cette diversification des travaux demandés aux élèves demanderait certes en effort supplémentaire aux enseignants, mais pourrait rendre le travail des élèves plus enrichissant, et l'exercice de la fiche technique, souvent peu apprécié, plus stimulant.
Un tel système ouvert permettrait donc une plus grande implication intellectuelle des étudiants comme des enseignants.
Auto-publication et auto-régulation
La volonté d'ouverture et de contributions volontaires, mais aussi les limites en termes de moyens humains et financiers posées afin de garantir la soutenabilité du projet, nous font préférer la publication des documents directement par leurs auteurs, grâce à un formulaire d'import et de conversion des fichiers aux formats usuels.
Les mêmes raisons déterminent le mode de régulation des travaux soumis: l'auto-régulation par les contributeurs et les usagers, via un système d'identification et de notation s'impose dans un système ouvert. En effet, la richesse des contenus rend la régulation par une personne définie très difficile.
De plus, la régulation par les autres contributeurs permet une correction dynamique des travaux, ce qui permettrait par exemple, de mettre à jour une fiche directement depuis la plateforme.
Points d'arbitrage: ambition pédagogique, enjeux juridiques et réalisation technique
Le projet innove sur le plan pédagogique, mais ne remet pas en cause les fondements de la formation offerte à Sciences Po, en favorisant responsabilisation et collaboration
La réduction des risques par la sensibilisation et la responsabilisation des contributeurs
Une identification claire des auteurs et contributeurs
La nécessité de l'identification
L'identification des auteurs des travaux est nécessaire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il s'agit de responsabiliser l’étudiant, et d’assurer de fait un premier filtre de qualité des travaux destinés au partage. Ensuite, l’identification permet la traçabilité des travaux proposés, un meilleur contrôle et la possibilité de sanctionner les étudiants s’ils enfreignent les règles relatives au plagiat, en particulier. Par ailleurs, l’identification est un moyen d’offrir au contributeur une reconnaissance pour la qualité de ses travaux, et de développer ainsi entre eux l’émulation intellectuelle. Enfin, l'identification est une condition nécessaire à l’interactivité : elle favorise le dialogue constructif entre pairs, et entre contributeurs et grand public.
Les modalités de l’identification
Toutefois, l’obligation de publier ses travaux en son nom peut susciter des réticences de la part de certains étudiants. Un système mixte, posant l’identification nominative comme principe, pourrait offrir la possibilité d’être identifié par un numéro personnel (d’étudiant, par exemple). Ainsi, on favorisera la diffusion d’un nombre maximal de savoirs, tout en assurant la traçabilité des documents.
Pour autant, il semble important de limiter la capacité d'évaluation des contributeurs qui n'utilisent pas leur nom, pour éviter les abus. C'est également une façon d’inciter ces étudiants à sortir de l’anonymat.
La restriction des droits d'édition aux seuls contributeurs
Limiter la possibilité de mise en ligne de documents aux étudiants et enseignants de Sciences Po implique de mettre en place des accès différenciés pour les différents publics :
Un accès libre pour tous et la possibilité de commenter les travaux
La partie publique du site permettra la consultation des documents ayant été préalablement contrôlés, mais aussi de commenter ces travaux. En effet, la relecture par les pairs ne doit pas exclure la lecture critique du public: le visiteur, qui peut être expert sur le sujet, doit pouvoir faire part d'un oubli ou d'une erreur, même s'il n'a pas accès à l'espace de contribution. Il sera évidemment possible de contacter les administrateurs du site pour signaler le moindre problème.
La possibilité de modifier les documents sera réservée aux étudiants et enseignants de Sciences Po
Un accès restreint pour les étudiants et enseignants de Sciences Po, grâce à l'identifiant et le mot de passe de messagerie déjà existants. Ceux-ci ouvriront sur un espace personnel permettant l'envoi et la modification des travaux, l'accès à leur historique, ainsi que l'évaluation des documents encore non accessibles au public. C'est donc un espace orienté vers le travail collaboratif des étudiants et enseignants de Sciences Po.
Donner aux contributeurs l'opportunité de réguler la publication des travaux
Un choix à faire: un espace sous la responsabilité d'une association ou de l'administration?
La gestion quotidienne d'une telle plateforme nécessite une forte implication et des compétences techniques spécifiques. Il semble donc difficile de faire vivre un espace officiel, avec les ambitions qui sont les nôtres, sans bénéficier du soutien technique et donc financier de l'institution.
C'est pourquoi il serait préférable que l'administration technique de la plateforme soit confiée à la Direction des Services Informatiques de Sciences Po. Cependant, en dehors de la fonction d'administrateur, des responsabilités pourraient être déléguées à des étudiants volontaires, qui pourraient être désignés au sein d'une association reconnue par Sciences Po.
Cette situation présente des risques (déficit d'implication des étudiants, éventuels changements d'équipes...), mais elle représente toutefois une modalité intéressante pour faire vivre un espace de partage des savoirs à moindres frais et pour favoriser l'appropriation de l'outil par les contributeurs.
Un projet fondé sur le volontariat
Un outil à la disposition des contributeurs pour la diffusion de leurs travaux
Le système sera fondé sur le volontariat et ne sera pas contraignant. Cependant, on peut compter sur des effets d'entraînement: si l'outil est suffisamment simple, les étudiants pourraient convenir de le préférer à l'e-mail pour faire circuler les travaux de leur conférence, par exemple.
Les contributeurs seront invités à ne soumettre que leurs propres travaux, pour éviter: les doublons éventuels ; l'envoi de travaux contre le souhait de leurs auteurs ; l'envoi de travaux modifiés à l'insu de leurs auteurs ; l'appropriation malhonnête des travaux d'autrui.
Les notes de cours magistraux ne pourront donc être publiées par les étudiants comme leurs propres travaux
C'est pour cette raison que les notes de cours magistraux seront exclues des documents que les étudiants pourront publier. Même si une publication de ces notes n'est pas de nature à vider les amphithéâtres, le professeur doit pouvoir exercer son droit de divulgation. En revanche, rien ne l'empêchera de contribuer ou même d'autoriser expressément un étudiant à publier ses notes.
Si une diffusion audio (podcast) pourrait être plus adaptée aux spécificités du cours magistral et ne pose pas de difficulté technique majeure, son intérêt pédagogique est moindre que celui d’un document écrit. En effet, le contenu ne pouvant pour le moment être indexé, il est impossible de retrouver une information précise dans une séquence de deux heures, comme on pourrait le faire dans une recherche documentaire sur un texte. D'autre part, cette diffusion implique un budget plus lourd : moyens humains pour enregistrer chaque cours et monter sommairement les enregistrements et coût de bande passante (multiplication par 1200 du poids du fichier à télécharger pour consulter le cours, par rapport à une version texte), ce qui peut rendre cette diffusion très coûteuse en cas de succès. Si cette solution de diffusion reste envisageable, elle relève donc d'une logique industrielle et non collaborative, et s'intègre donc mal au projet.
Un contrôle par les pairs
L'hypothèse d'un contrôle par l'administration
Cette modalité implique l'emploi d'un ou plusieurs vacataires pour réaliser un contrôle de qualité sur les travaux, et le cas échéant effectuer un travail éditorial minimal (mise en forme, corrections orthographiques). Le coût du système serait donc élevé, et potentiellement croissant avec l'augmentation du nombre de contenus disponibles. Par ailleurs, le problème de la qualité académique des travaux ne serait pas résolu: à moins de se fonder sur les notes obtenues par ces travaux, des vacataires seuls peuvent difficilement les évaluer.
Le contrôle par les pairs semble plus approprié
Les projets collaboratifs qui réussissent sont ceux qui valorisent le rôle des contributeurs en favorisant leur implication. Il s'agit pour l'administrateur de déléguer certaines tâches pour se recentrer sur l’essentiel de ses fonctions. Cette organisation, en plus de limiter le coût de fonctionnement dès le lancement, permet de gérer la croissance de l'espace de partage en douceur : en cas de succès, la charge de travail ne croît pas plus vite que le nombre de contributeurs. Ainsi, on permettra aux contributeurs de publier leurs travaux par eux-mêmes, de renseigner les métadonnées essentielles (entre autres, date, auteur, cours pour lequel il a été réalisé); mais aussi de relire les travaux des autres, d'y corriger des coquilles...
Pour ces raisons, mais également pour limiter le coût de notre projet, nous proposons un système de relecture par les pairs (étudiants ou professeurs volontaires): un travail prêt à être mis en ligne devra recevoir deux avis favorables avant d'être rendu public. Si un travail publié est jugé non satisfaisant ou obsolète, il sera possible pour un contributeur de solliciter sa relecture par d'autres afin de déterminer s'il doit être corrigé ou simplement supprimé. De plus, un contrôle actif par les contributeurs volontaires permettrait d'impliquer plus fortement ceux-ci dans une démarche de partage et de coopération efficace.
Ce projet, qui touche à la fois au risque de plagiat et au droit d'auteur, met en oeuvre des solutions équilibrées
Une occasion de mieux sensibiliser les étudiants au plagiat
Un besoin d'éducation aux règles de citation
Un outil de lutte contre le plagiat
Si ce projet est souvent vu comme générateur de plagiat, il est en fait très dissuasif en la matière. L'accès libre aux documents originaux permettra de confondre facilement quiconque serait tenté par la facilité du copier-coller, tout en mettant tous les étudiants sur un pied d'égalité dans l'accès aux travaux déjà réalisés.
L'occasion de mener une réelle campagne de sensibilisation des étudiants
Force est de constater qu'hormis les mises en garde lors des réunions de rentrée, les exigences de Sciences Po en matière de plagiat sont peu visibles. L'apprentissage de la citation correcte des sources fait défaut aux étudiants de Sciences Po mais plus généralement à l'ensemble des étudiants français. La diffusion de documents de référence précis sur ce point nous semble donc indispensable.
Une charte contre le plagiat pour fixer et appliquer les règles
On peut ainsi exiger un engagement de la part des contributeurs, qui pourraient signer une « charte contre le plagiat » par laquelle ils attesteraient sur l’honneur ne pas diffuser des travaux plagiés. Cette charte devrait également décrire les sanctions appliquées par Sciences Po, ainsi que les sanctions pénales encourues. Il serait de la même façon intéressant de faire figurer des exemples de ce qui est acceptable ou non, comme l’ont fait les universités d’Ottawa et du Québec à Montréal (cf. annexes).
La protection de la propriété intellectuelle et la diffusion des travaux
Préserver le droit d'auteur...
Les droits des enseignants
Il est difficile d’autoriser la publication des notes de cours, qui peuvent s’avérer inexactes ou imprécises et ne pas refléter ce que le professeur voulait en réalité exprimer. Cela serait particulièrement problématique dans le cas où ces propos seraient fondamentalement erronés (ce qui nuirait à la réputation de compétence du professeur) ou feraient preuve d’intolérance (ce qui pourrait aller jusqu’à la mise en cause de la responsabilité civile et/ou pénale).
Les droits des étudiants
Les étudiants, même s’ils ont cédé par contrat leurs droits d’auteur patrimoniaux (représentation et reproduction), conservent leurs droits moraux, qui sont en droit français perpétuels et inaliénables:
- L’auteur d’une œuvre a le droit de première divulgation (article L 121-2 du CPI): la publication n'est possible qu'avec le consentement de celui-ci.
- La paternité de l’œuvre doit leur être reconnue: un étudiant ne peut faire passer pour sien le travail d’un ses camarades.
- Le travail lui-même doit être respecté: il ne peut être dénaturé, modifié, altéré ou sorti de son contexte.
- En outre, l’auteur conserve à tout moment un droit de retrait de son œuvre.
... tout en favorisant la diffusion des oeuvres grâce à l'utilisation de licences libres
Il est possible de céder les droits d’auteur patrimoniaux par le biais d’un contrat, qui doit préciser chacun des droits cédés et délimite l'étendue, la destination, le lieu et la durée de leur domaine d'exploitation (L 131-3 du CPI).
Il existe diverses licences d’utilisation qui permettent la diffusion de créations diverses en encadrant leur utilisation par les internautes. En effet, si toute exploitation d'une oeuvre nécessite d'obtenir l'autorisation des titulaires de droit avant de pouvoir la reproduire, la diffuser ou l'adapter, certaines licences autorisent à l'avance le public à exercer ces actes, selon certaines conditions. Si celles-ci sont respectées, le contenu devient « libre » : il est librement consultable, copiable, voire modifiable. Voici ce que proposent les deux types de licences les plus connues:
Les licences Creative Commons
Creative Commons propose six contrats flexibles dont les conditions notamment de modification et d’utilisation commerciale varient. Tous les contrats Creative Commons permettent à un auteur de conserver les droits d’auteur tout en autorisant les autres à reproduire et à distribuer sa création, à la condition qu’ils citent son nom et respectent les autres conditions du contrat.
La licence de documentation libre GNU (licence utilisée par le site Wikipédia)
Cette licence permet de rendre tout document écrit « libre » d’utilisation: assurer à chacun la liberté effective de le copier ou de le redistribuer, avec ou sans modification, commercialement ou non.
Notre préférence va à une licence de type Creative Commons, puisque les étudiants consultés ne sont pas hostiles à la cession de certains droits patrimoniaux. Cela permettrait la mise en place d'un espace de partage des savoirs véritablement coopératif et non intéressé, ce qui résume bien notre conception du projet. Une licence autorisant la modification mais prohibant toute utilisation commerciale pourrait être proposée par défaut, mais les contributeurs pourraient avoir le choix de la licence Creative Commons qu'ils souhaitent utiliser.
Pour sa réalisation technique, ce projet s'appuie sur un logiciel collaboratif et libre et des formats ouverts
Choisir un outil open source pour diminuer le coût, pouvoir l'adapter à nos besoins et garantir l'interopérabilité
Garantir la pérennité, la facilité de réutilisation des contenus et l'indépendance technologique grâce à l'open source
Un logiciel open source offre la liberté d'accéder et de modifier son code source pour l'adapter aux besoins rencontrés et éventuellement le redistribuer. Au-delà de la gratuité de la licence, ce type de logiciel présente les avantages suivants:
Il repose le plus souvent sur l'utilisation de formats ouverts (standards documentés) de sorte que les données qu'il accueille puissent être transférées dans un autre logiciel. C'est un gage important pour la pérennité des données, même en cas de changement d'outil. Mais elle facilite également l'archivage: un document en format propriétaire ne pourra être lu que si l'éditeur décide de maintenir le logiciel lecteur dans le futur.
L'utilisation de formats ouverts est aussi un gage d'accessibilité des contenus pour le plus grand nombre. Elle permet d'utiliser un plus large choix de logiciels, n'imposant pas à l'utilisateur d'en installer un nouveau. Mais plus important encore, un format ouvert et standard facilite grandement la lecture des documents par les personnes handicapées. Il est à noter que cet enjeu d'accessibilité est appelé à se développer: la loin° 2005-102 du 11/02/2005 prévoit que « Les services de communication publique en ligne des services de l'Etat, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent doivent être accessibles aux personnes handicapées. ».
Enfin, un logiciel open source permet de conserver l'indépendance technologique du projet: il sera possible de modifier le logiciel sans attendre que l'éditeur accepte de le faire. De plus, en cas d'abandon du logiciel, il sera possible de continuer son développement.
Des outils existent
Parmi les différents types de solutions existantes (wiki, dépôt institutionnel, chaîne éditoriale, Content Management System), nous préconisons une solution appartenant à la famille des CMS, qui présente entre autres les avantages suivants:
- Interface web : de l'édition à la consultation, on utilise le navigateur web de son choix ;
- Structuration des contenus, association systématique de métadonnées ;
- Possibilité de travail collaboratif sur les contenus ;
- Possibilité d'import/export de contenus dans plusieurs formats ;
Parmi les différents CMS existant sur le marché, le logiciel Rhaptos a attiré notre attention. Développé et distribué par l'université de Rice, il est utilisé sur le site Connexions, lancé en 2000. Basé sur Plone, CMS puissant et réputé, il a été adapté pour répondre aux besoins d'une utilisation universitaire et pédagogique. Chaque document est un module, et peut être inclus dans un « course ». Les contenus complexes (formules mathématiques, images, sons...) sont facilement intégrés, chaque contributeur dispose d'un espace de préparation et de relecture des contenus, chaque module peut être versionné (conservation de l'historique). Si les autres alternatives ne sont pas à négliger, Rhaptos apparaît donc comme un logiciel couvrant bon nombre des besoins, et permettant le cas échéant d'étendre ses fonctionnalités.
Un besoin de formation des étudiants accru
L'expérience montre que très peu d'étudiants savent se servir des fonctions essentielles de leur traitement de texte, comme la hiérarchisation de leur document en utilisant les titres ou l'application de styles à l'ensemble du document. Ces compétences leur apporteraient pourtant des gains très importants de temps et de qualité des travaux produits, et devraient donc faire partie de leur formation professionnalisante. Il s'agit de reconnaître que même pour une génération qui a grandi avec l'informatique, sa maîtrise n'est pas innée: sans savoir apprendre, une personne ne peut s'approprier un outil.
L'espace de partage des savoirs est donc l'occasion de mettre en évidence ces lacunes importantes et d'y remédier. En effet, la publication d'un document mal mis en forme sera plus fastidieuse, le contributeur devant redéfinir manuellement les titres d'un plan, par exemple. Le projet devra proposer une aide en ligne, sous la forme de tutoriels pour les contributeurs capables de s'autoformer mais aussi d'ateliers de formation ouverts à tous. Ces derniers permettront d'aider les étudiants volontaires. Ils permettront également d'apprendre à chercher l'information qui peut manquer pour progresser en informatique et de se former sur un nouvel outil; ce qui donnera au plus grand nombre de solides bases pour leur vie professionnelle.
Annexes
Résultats de la consultation
Voir la synthèse des résultats de la consulation menée en avril 2006 à Sciences Po.


